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La blockchain : future plateforme numérique du secteur biopharmaceutique ?

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  4. 22 mars 2018

- La technologie derrière les cryptomonnaies pourrait révolutionner la notion de confiance dans tous les domaines de la santé, depuis les résultats des essais cliniques jusqu’à la lutte contre les médicaments falsifiés -

Blockchain

Les entreprises biopharmaceutiques doivent pouvoir compter sur un niveau de confiance élevé de la part de tous les acteurs du système de santé. Chacun doit en effet pouvoir faire confiance à l’exactitude des données obtenues dans le cadre des essais cliniques, ou garantir la transparence en matière de compliance. Face à la hausse de la contrefaçon, les médicaments doivent quant à eux franchir différentes étapes de validation, longues et complexes, tout au long de leur processus de fabrication et distribution. Les patients et les organismes payeurs insistent également sur une plus grande transparence pour renforcer la confiance dans l’ensemble du système de santé.

Le volume de données échangées aujourd’hui dans le domaine de la santé a atteint de telles proportions, grâce aux nouvelles technologies, qu’il est extrêmement difficile de préserver la confiance et de garantir la transparence. La solution pourrait bien se trouver dans une technologie émergente, dénommée blockchain (littéralement « chaîne de blocs »), développée à l’origine dans un but totalement différent.

La technologie de la blockchain constitue l’infrastructure virtuelle qui permet d’échanger des unités de comptes, comme des bitcoins ou d’autres cryptomonnaies, de manière sécurisée et infalsifiable sur un réseau ouvert, voire public. Le concept fondamental sur lequel elle repose peut servir de support à de multiples applications où la confiance mutuelle et la vérification sont essentielles, comme c’est le cas dans le domaine de la santé.

Kamkolkar

En fait, la technologie de la blockchain est déjà utilisée dans le cadre de projets pilotes pour analyser des données de santé, garantir la sécurité des dispositifs médicaux et gérer les dossiers électroniques des patients. Mais il est possible de multiplier à l’infini ses applications et de l’utiliser pour conduire des essais cliniques, accélérer l’approbation des nouveaux traitements, réduire les risques de contrefaçon et renforcer la transparence des coûts – ce qui pourrait transformer en profondeur l’ensemble du secteur pharmaceutique.

Etwaru

Comment fonctionne la blockchain ?

La blockchain est constituée d’unités ou blocs sur lesquelles sont inscrites des informations. Un bloc peut contenir toutes sortes d’informations, depuis le prix d’un médicament et les données relatives à son profil de sécurité, jusqu’aux données de santé personnelles. L’intérêt de cette technologie tient au fait que les dimensions de sécurité, de confidentialité et d’identité sont intégrées à chaque bloc, ce qui permet de faire confiance aux informations qu’ils contiennent et de les échanger, tout en préservant l’anonymat de la personne à laquelle elles se rapportent.

Ces blocs sont reliés les uns aux autres et forment les maillons d’une « chaîne » de données ; il est pratiquement impossible de modifier les informations contenues dans un bloc sans modifier tous les autres maillons de la chaîne. De nombreuses copies de la chaîne sont également hébergées sur différents serveurs du réseau ; celle-ci est en outre toujours actualisée de sorte que toute tentative de piratage des données peut être repérée et bloquée.

Blockchain infographic

« C’est la confiance globale à l’échelle globale », explique Richie Etwaru.

La capacité de garantir l’exactitude des données inscrites sur un bloc, tout en les protégeant des brèches de sécurité, permet de stocker et de partager des informations aussi sensibles que précieuses. Il s’agit donc d’une solution idéale pour gérer les données de santé personnelles auxquelles de multiples parties doivent pouvoir accorder un degré élevé de confiance.

Cette technologie évolue rapidement, fait remarquer Richie Etwaru, car elle est encore jeune. Aujourd’hui, des fondations à but non lucratif et des consortiums mettent en place des réseaux de blockchain standardisés pour de nombreuses utilisations ; certains ont leurs propres langages de programmation ce qui leur confère beaucoup plus de flexibilité que les premières plateformes conçues pour les monnaies numériques.

Des transactions aux traitements

La technologie de la blockchain prend de plus en plus d’importance dans le domaine de la santé et quelques-unes de ses premières utilisations auront pour but de créer un environnement plus fiable et plus sûr pour les partenaires, les organismes publics et les patients, explique Rémi Chossinand, Responsable du Centre de solutions cliniques numériques de Sanofi.

La blockchain peut par exemple jouer un rôle majeur dans la croissance des contrats de remboursement « fondés sur la valeur » dans le domaine de la santé, en vertu desquels les participants sont rémunérés en fonction de différents facteurs, comme les résultats cliniques des patients. Il s’agit là de contrats souvent complexes qui nécessitent des échanges sécurisés de données sensibles, tout en respectant la vie privée un rôle qui convient parfaitement à la blockchain. Cette technologie peut permettre à l’ensemble des parties d’échanger les informations dont elles ont besoin pour pouvoir respecter les termes du contrat et de faire confiance à ces informations.

À la fin de l’année dernière, Sanofi Ventures a pris une participation dans Curisium, une entreprise de Manhattan Beach en Californie, qui développe à cet effet une plateforme reposant sur la technologie de la blockchain. Celle-ci fait également appel à des technologies de calcul sécurisées et donnera aux organismes payeurs, aux professionnels de santé et aux entreprises des sciences de la vie la possibilité d’automatiser les contrats fondés sur la valeur et centrés sur les patients.

Cette technologie et sa fiabilité pourraient également être très utiles dans la lutte contre les médicaments falsifiés.

Le trafic de médicaments falsifiés ou de qualité inférieure a pris des proportions quasiment épidémiques : dans un communiqué de presse paru en novembre, l’Organisation mondiale de la Santé révèle qu’un médicament sur dix en circulation dans les pays en développement est soit de qualité inférieure, soit falsifié. Le problème de la contrefaçon de médicaments s’est aggravée au cours des dix dernières années et bien qu’il soit plus aigu dans les pays en développement, ses conséquences à l’échelle mondiale sont considérables – en particulier au regard des décès que peut provoquer l’insuffisance ou l’absence de principes actifs dans les médicaments falsifiés.

Avec la blockchain, il pourrait être possible de créer un système permettant d’assurer la traçabilité des médicaments et de vérifier leur authenticité, depuis leur production jusqu’aux patients. Si ces informations étaient mises à la disposition des systèmes de santé publics, des pharmacies et des patients, les médicaments falsifiés ne pourraient plus parvenir aussi facilement aux patients sans être détectés. Cette technologie pourrait également permettre à tous les acteurs de la supply chain de satisfaire aux exigences de plus en plus strictes des autorités publiques et en particulier aux dispositions de la Drug Supply Chain Security Act des Etats-Unis (loi sur la sécurité de la chaîne d’approvisionnement des médicaments).

« Des consortiums sont d’ailleurs en cours de formation dans ce domaine », indique Milind Kamkolkar.

Améliorer les essais cliniques

Les essais cliniques sont un autre aspect vital de la santé où la notion de confiance est cruciale. Les essais cliniques génèrent non seulement d’importants volumes de données, mais ils peuvent faire appel à de multiples fournisseurs tenus à des exigences de performance complexes et générer d’importants volumes de données exclusives et de données confidentielles sur les patients. La blockchain pourrait être utilisée pour faire en sorte que les données soient recueillies et échangées lorsque cela est nécessaire, tout en respectant la vie privée des patients ou les informations exclusives. « Ce qui permettra de réduire les coûts et de gagner en efficacité », précise Rémi Chossinand.

Cette technologie pourrait également être utile aux essais cliniques consacrés aux maladies rares auxquels ne peuvent participer qu’un très petit nombre de patients. Un consortium d’entreprises pharmaceutiques pourrait-il recruter conjointement des cohortes de patients dans des essais cliniques et partager la même cohorte traitée par placebo ? La blockchain pourrait être utilisée pour échanger les données, tout en préservant la confidentialité impérative à la conduite des études cliniques contrôlées, randomisées, en double aveugle. Cette nouvelle méthode pourrait écourter les délais nécessaires au développement des médicaments et permettre aux patients d’y avoir accès plus rapidement.

Chossinand

Modifier la donne pour les données patient

La technologie de la blockchain pourrait également servir de base au dossier de santé électronique universel, mais avec une différence importante par rapport aux technologies exclusives utilisées actuellement en ce qui concerne le contrôle des données versées au dossier.

En permettant aux patients de reprendre le contrôle de leur dossier de santé, la technologie de la blockchain pourrait modifier la relation entre les patients et les payeurs ou les chercheurs du secteur pharmaceutique. Parce que les données contenues dans ces dossiers peuvent être très utiles pour établir des projections de coûts, comprendre des résultats cliniques ou identifier des candidats potentiels à un essai clinique, on pourrait très bien envisager que les entreprises rémunèrent les patients pour y avoir accès.

« Il est possible de configurer la chaîne de telle sorte que les patients soient propriétaires de la clé d’un bloc et donc des données qu’il contient », explique Milind Kamkolkar. « Cela crée un nouveau type de relation commerciale : les patients monétisent leur dossier médical et facturent les organismes payeurs pour qu’ils puissent avoir accès leurs données. »

Perspectives

En plus de son investissement dans Curisium, Sanofi étudie la possibilité d’intégrer la technologie de la blockchain à différents secteurs de son activité, indique Milind Kamkolkar. Elle deviendrait alors un autre volet de la stratégie digitale de l’entreprise qui cherche à intégrer plus étroitement les technologies de l’information innovantes à ses activités de recherche et développement ainsi qu’à ses opérations commerciales.

Il se pourrait que Sanofi lance un essai clinique en oncologie en 2018, dans le cadre d’un projet pilote, mais aucun plan n’a encore été arrêté. « La blockchain en est encore à ses balbutiements, de même que son application à la santé », reconnaît Rémi Chossinand. « Mais j’aimerais beaucoup l’expérimenter dans ce domaine. »

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Kyra Oboloensky
Tel : +33 (0)1 53 77 46 46
Email : MR@sanofi.com