10 octobre 2017

Combler les écarts entre besoins et accès aux soins en santé mentale au Myanmar

 

Combler les écarts entre besoins et accès aux soins en santé mentale au Myanmar

Sanofi et la Myanmar Medical Association créent un programme d’intervention communautaire pour améliorer l’accès aux soins ; une version pilote de ce programme est lancée à Yangon à l’occasion de la Journée mondiale de la santé mentale

Nous envisageons le plus souvent le parcours de santé sous l’angle du traitement des maladies organiques, qu’il s’agisse de soins ponctuels pour résoudre une fracture osseuse ou de traitements au plus long cours pour des maladies chroniques comme le diabète. Pourtant, une très vaste proportion de la population mondiale sera affectée par une maladie touchant l’organe le plus complexe de notre corps : le cerveau.

Les troubles mentaux sont non seulement fréquents – de fait, une personne sur quatre présentera au cours de sa vie un trouble mental (1) et une sur six une maladie neurologique (2) ‑ mais ils peuvent aussi être dévastateurs. La dépression majeure, la schizophrénie, l’épilepsie et d’autres troubles mentaux peuvent avoir le même effet sur la vie des patients et de leur famille que toute autre maladie chronique grave.

Même s’il existe de nombreux traitements efficaces contre les troubles mentaux, combinant des interventions psychosociales, des traitements pharmaceutiques et des soins de réadaptation, un nombre significatif de personnes n’y ont pas accès. Cela est particulièrement vrai des patients qui vivent dans les pays à revenu faible et intermédiaire où , d’après certaines études et estimations, jusqu’à 85 % des personnes atteintes de troubles mentaux n’ont pas accès aux traitements dont elles ont besoin (3).

L’un de ces pays est le Myanmar (Birmanie) où les enquêtes les plus récentes, menées en 2004, révèlent qu’environ 8 % de la population souffriraient d’un trouble mental (4). Ce pays connaît par ailleurs une grave pénurie de psychiatres qualifiés ‑ on en recenserait environ 300 dans un pays qui compte 52 millions d’habitants (5). Les médecins généralistes reçoivent très peu de formation sur le traitement des troubles mentaux, ce qui exacerbe les difficultés auxquelles sont confrontés les patients.

Les croyances traditionnelles au sujet des troubles mentaux et de l’épilepsie compliquent par ailleurs la situation, en accentuant la stigmatisation et la discrimination dont les personnes atteintes de ces maladies font l’objet.

Pour aider les patients du Myanmar à surmonter ces obstacles, Sanofi s’est associé l’an dernier à la Myanmar Medical Association afin de développer et d’expérimenter un programme communautaire intégré de soins de santé mentale. L’objectif de ce programme triennal est d’intégrer les soins de santé mentale aux soins primaires, en dispensant une formation en santé mentale aux agents de santé communautaires et aux médecins généralistes.

Moyennant une formation appropriée, les agents de santé communautaires peuvent dépister les troubles mentaux et les professionnels de soins primaires, évaluer, diagnostiquer, traiter et accompagner plus efficacement les patients, et les orienter éventuellement vers des soins plus spécialisés. Cette approche, combinée à la mise à disposition de nouvelles technologies aux professionnels de santé, pourrait permettre de généraliser l’accès aux soins de santé mentale et d’améliorer leur qualité.

« Nous avons réalisé une évaluation de référence de la prévalence de ces troubles, développé des supports de formation, des outils de communication sur les changements de comportement souhaités, ainsi que des solutions d’e-santé, et nous avons organisé le recrutement et la formation de différents acteurs », explique le professeur Khin Maung Gyee, Responsable du projet et Conseiller en santé mentale et toxicomanie auprès du ministère de la Santé et des Sports. « Le programme est sur le point d’être mis en œuvre et nous nous en félicitons ».

La première version pilote de ce programme sera lancée à l’occasion de la Journée mondiale de la santé mentale à Hlaing Thar Yar, le plus grand canton de Yangon (anciennement Rangoun), la ville la plus peuplée du Myanmar. Dans ce canton, 75 agents de santé communautaires et 90 professionnels de soins primaires ayant bénéficié d’une formation dans le cadre de ce programme offriront des services de santé mentale aux patients.

Les agents de santé communautaires auxquels ont été remis des smartphones et des questionnaires de dépistage interactifs, identifieront les personnes présentant des troubles mentaux et les adresseront à des médecins généralistes. Ceux-ci ont été formés au diagnostic et à la prise en charge des troubles psychotiques, de la dépression et de l’épilepsie. Aidés de tablettes électroniques, de la version interactive du guide d’intervention du ^programme d’action pour combler les lacunes en santé mentale (mhGAP)  de l’OMS et de dossiers médicaux électroniques, ils prendront en charge les patients et pourront au besoin solliciter les conseils de psychiatres pour les cas difficiles. Les agents de santé communautaires seront également appelés à jouer un rôle essentiel d’information de la population afin de combattre les préjugés sur les troubles mentaux.

L’objectif principal de ce programme est de réduire de 20 % l’écart de traitement* pour les troubles psychotiques (y compris la schizophrénie), les troubles dépressifs majeurs et l’épilepsie dans un délai de 24 mois.

« Améliorer l’accès des populations défavorisées aux soins de santé est l’un des principaux objectifs de Sanofi », explique le Dr Luc Kuykens, Responsable diffusion des données médicales et Accès au médicament de Sanofi. « Le travail que nous menons au Myanmar bénéficiera non seulement aux patients et à leur famille, mais il servira également de modèle que nous pourrons répliquer dans d’autres pays présentant des besoins similaires. »

Outre la Myanmar Medical Association, la Myanmar Mental Health Society et Sanofi, ce programme a également bénéficié du savoir-faire de partenaires internationaux comme l’Association mondiale de psychiatrie sociale (WASP, World Association of Social Psychiatry) et l’Université numérique francophone mondiale, qui développe des solutions de santé et de formation à distance pour les professionnels de santé des pays à faible revenu.

Note de bas de page :

* L’écart de traitement (exprimé en pourcentage) correspond au nombre de personnes atteintes d’une maladie ou d’un trouble qui ont besoin d’un traitement mais ne peuvent l’obtenir.  

Références :

(1) OMS. Investing in mental health: is it worth it? 2011.

(2) OMS. Centre des médias,  Les troubles neurologiques affectent des millions de personnes dans le monde: rapport de l'OMS. 2007.

(3) OMS. Centres des médias, Troubles mentaux, Aide-mémoire n°396, avril 2017

(4) Win Aung Myint et al. Myanmar; Routledge Handbook of Psychiatry in Asia. 2016

(5) WHO-AIMS Report on Mental Health in Myanmar. 2006