14 février 2018

​Survivre au cancer et le soigner à son tour

Inspiré par ses médecins, un survivant d’un cancer pédiatrique aspire à suivre leur exemple

 

​Survivre au cancer et le soigner à son tour
Inspiré par ses médecins, un survivant d’un cancer pédiatrique aspire à suivre leur exemple

SebastianDans sept ans, si tout se passe comme prévu, Sebastian sera onco-pédiatre et se consacrera au diagnostic et au traitement des enfants atteints de cancer.

Il réalisera alors un rêve né de sa propre expérience du cancer – dont il a été victime à la fin de son adolescence   rêve qui aurait fort bien pu ne jamais se réaliser.

En novembre 2009, alors âgé de 18 ans et vivant avec sa famille à Asunción, la capitale du Paraguay, Sebastian était sur le point de commencer sa première année de médecine. Son principal souci était de réussir ses examens lorsque le pédiatre qui le suivait depuis sa naissance l’a adressé à l’un des rares oncologues de la ville   et de fait de tout le Paraguay. C’est dans son cabinet, où il s’était rendu avec sa mère, qu’il a appris qu’il avait un cancer.

Il se souvient alors que sa mère a fondu en larmes.

Sebastian s’est employé à rassurer sa mère, les membres de sa famille et ses amis, leur affirmant qu’il était déterminé à combattre et à vaincre son cancer et qu’il n’avait nullement l’intention de laisser sa maladie l’empêcher de poursuivre sa première année de médecine et de réaliser son rêve de toujours : devenir médecin.

Malgré sa confiance, Sebastian était loin d’avoir tous les atouts de son côté. Les services médicaux pour le traitement du cancer sont extrêmement rares au Paraguay, y compris dans la capitale. Les médicaments très coûteux nécessaires aux longs et multiples cycles de chimiothérapie étaient économiquement inaccessibles dans un pays où le revenu moyen s’établissait alors à 3 000 $ américains par an.

Ces deux facteurs sont les principales raisons pour lesquelles le cancer est l’une des premières causes de mortalité infantile au Paraguay.

Rencontre avec un réseau de soins
Même s’il avait peu de chances de son côté, Sebastian a été diagnostiqué l’année même où le Paraguay a commencé à s’attaquer sérieusement au problème de la mortalité infantile par cancer en rejoignant un programme appelé My Child Matters. Initiative de la Fondation Sanofi Espoir, My Child Matters a pour but d’ améliorer le taux de survie des enfants atteints de cancer dans les pays aux ressources limitées, comme le Paraguay.

En collaboration avec les systèmes de santé et les organismes gouvernementaux, ce programme dispense des formations aux professionnels de santé afin de créer un réseau étendu de médecins, d’infirmières et d’autres intervenants aptes à diagnostiquer et à traiter des enfants atteints de cancer. Ces réseaux peuvent fournir non seulement des services diagnostiques et des soins primaires pour la prise en charge du cancer, mais aussi des services de prise en charge de la douleur, des soins palliatifs, un soutien psychosocial aux patients et à leur famille, et déployer des campagnes nationales d’information.

Lancé en 2009 au Paraguay, ce programme a permis de dispenser des formations aux médecins et autres professionnels de santé afin d’ améliorer le taux de diagnostics précoces et par là le taux de survie des enfants. Il a en outre permis de mettre en place quatre cliniques régionales d’oncologie pédiatrique pour traiter les jeunes patients comme Sebastian.

Sauver des vies en améliorant l’accès aux soins
Sans My Child Matters, nul doute que lui et d’autres patients dans la même situation que la sienne auraient eu moins d’ espoir d’être traité avec succès contre le cancer, sachant que 30 % de la population du Paraguay n’a pas accès aux soins de santé.

« Le Paraguay est un pays pauvre. Les bons médecins sont très peu nombreux et les médicaments de chimiothérapie sont très, très chers », explique-t-il. « Dans le cadre du programme cependant, les médecins sont très bien formés et ils fournissent les médicaments gratuitement. C’est extrêmement important. »

Un autre aspect du programme qui, à ses yeux, permet de sauver encore plus de vies est le soutien social apporté aux patients, à leur famille et au personnel de santé afin de réduire le nombre d’abandons de traitement.

« Le suivi après la maladie est très important pour éviter les récidives du cancer », estime-t-il. « Pour cela, il faut être vu très souvent par un médecin — tous les mois, puis tous les trois et six mois pendant les cinq années qui suivent la maladie. Certains cancers pédiatriques nécessitent au minimum deux années de traitement, de sorte que le pourcentage d’abandon de traitement est assez élevé. Mais grâce à My Child Matters, le taux d’abandon a été réduit à 0. »

Bien que le cancer reste la deuxième cause de mortalité chez les enfants âgés de 5 à 19 ans au Paraguay, grâce aux efforts engagés par ce pays pour lutter contre la maladie, le taux de survie a doublé depuis le lancement du programme.

Une source d’inspiration
C’est pendant son traitement, dans le cadre du programme My Child Matters, qui a débuté par cinq jours d’hospitalisation pour une chimiothérapie initiale et s’est prolongé pendant cinq mois pour le renouvellement des cycles de traitement, que Sebastian a commencé à s’intéresser très sérieusement  à l’oncologie.

« Je n’étais pas un patient comme les autres », se souvient-il. Étudiant en première année de médecine, il bombardait sans relâche le personnel soignant de questions sur son cancer et la maladie en général. Les médecins et le personnel soignant ont donc passé des heures à répondre à ses interrogations, à l’aider dans ses études et, en fin de compte, à lui permettre d’acquérir des connaissances sur le cancer peu communes pour un jeune homme de 18 ans.

Grâce à ces échanges, « je suis tombé amoureux de l’oncologie », déclare-t-il. Et lorsqu’il a entamé sa deuxième année de médecine à l’automne 2010, son idée était forgée : il avait décidé de devenir onco-pédiatre.

Bien qu’il ait terminé ses études de médecine générale, Sebastian doit poursuivre sa formation pendant encore sept ans. Il prévoit de s’installer prochainement en Espagne pour débuter un internat de quatre ans en pédiatrie, et espère poursuivre par trois ans d’internat en oncologie, en France.

Entretemps, il participe au programme My Child Matters, mettant à profit sa formation médicale pour travailler dans un hôpital d’Asunción.

« Je veux prendre ma part et rendre ce que la vie m’a apporté », affirme-t-il. « 
« Pour vaincre le cancer, en souvenir de ceux qui ont perdu la bataille, mais aussi pour tous les enfants qui ont besoin d’être guéris. »